Le petit Vincent Marnon naît le 27 novembre 1977 dans un petit bled paumé d'un petit département paumé. Une enfance apparemment sans histoire, le petit Vincent a l'air calme, paisible, un peu timide certes, mais c'est normal, il est né en automne. Ah ben oui.
A l'intérieur de lui, le petit Vincent fait la guerre. Ses parents lui apprennent les modalités de l'échec : soit tu obéis sans savoir pourquoi, soit tu te prends une rouste. Engueulades quasi-quotidiennes pour des petites bagarres de rien du tout avec une petite conne de quatre ans qui veut lui voler sa piscine à balles. Si on l'éduque c'est pour son bien. Vincent se casse le cul à ramener des bonnes notes en écriture et en additions, son père lui fait "hhm hhm, c'est bien" en matant le cul de la voisine par la fenêtre, sa mère le gronde parce qu'il bavarde trop en classe.
Vincent apprend paisiblement à avoir honte de lui. Il tombe amoureux d'une petite fille qui le rejette ; sa mère lui explique que ce sont des choses qui arrivent, et qu'on apprend à ne plus en souffrir. Une petite larme pointe au coin de son oeil : le dernier homme qu'elle a aimé s'est barré avec une plus jeune, elle s'est attachée au premier venu, pour ne pas être seule. Elle explique à Vincent qu'un jour il trouvera la bonne personne, mais qu'en attendant, il faudra qu'il soit fort. Vincent ne peut pas être fort ; sa honte se transforme en rage, il voudrait se faire du mal, mais sa mère lui en voudrait, et il l'aime, bien qu'elle ait mauvais caractère.
Vincent a envie de coucher avec une fille. Ce sentiment est étrange. Un jour son père le surprend en train de se masturber ; il le gronde. Ce n'est pas bien, dit-il. Sa soeur aurait pu le voir. Il devrait avoir honte. En fait, il a déjà honte. Il se masturbe plusieurs fois par jour, caché dans les toilettes de l'école ou dans le grenier, en pensant à une petite poulette de sa classe qui commence à avoir des seins. Il ne devrait pas ; il ne peut plus la regarder sans rougir ; il a de plus en plus honte de lui, ce qu'il fait est malsain.
La honte devenue colère devient peur.
Vincent devient SoÖhr.
Ses parents commencent à avoir peur de lui, et il les hait en retour. Comme il se hait. Il n'est plus capable d'aimer. Il ne veut plus avoir mal.
La solitude vaut mieux qu'un combat perdu d'avance.
Je voudrais jongler avec des lames de rasoir, sauter dans le Soleil, je voudrais ne plus être du tout ; dans ma tête, en un vacarme assourdissant, des tranchées se creusent et des grenades volent. Les effets du Prozium redescendent. Je me sens coupable d'une vie entière. Et je n'aime pas beaucoup ça, en fin de compte. Je m'insulte, me conspue, me console, me pleure, me vomis, m'adore, me comprends --
-- je prends ma tête entre mes mains comme pour me protéger de la chute d'une bombe. Et j'ai bien raison : les bombardements sont violents. Tempête du Désert.
...vu de l'extérieur, je dois être calme, paisible.
Je suis né en automne.
Ah ben oui.
A l'intérieur de lui, le petit Vincent fait la guerre. Ses parents lui apprennent les modalités de l'échec : soit tu obéis sans savoir pourquoi, soit tu te prends une rouste. Engueulades quasi-quotidiennes pour des petites bagarres de rien du tout avec une petite conne de quatre ans qui veut lui voler sa piscine à balles. Si on l'éduque c'est pour son bien. Vincent se casse le cul à ramener des bonnes notes en écriture et en additions, son père lui fait "hhm hhm, c'est bien" en matant le cul de la voisine par la fenêtre, sa mère le gronde parce qu'il bavarde trop en classe.
Vincent apprend paisiblement à avoir honte de lui. Il tombe amoureux d'une petite fille qui le rejette ; sa mère lui explique que ce sont des choses qui arrivent, et qu'on apprend à ne plus en souffrir. Une petite larme pointe au coin de son oeil : le dernier homme qu'elle a aimé s'est barré avec une plus jeune, elle s'est attachée au premier venu, pour ne pas être seule. Elle explique à Vincent qu'un jour il trouvera la bonne personne, mais qu'en attendant, il faudra qu'il soit fort. Vincent ne peut pas être fort ; sa honte se transforme en rage, il voudrait se faire du mal, mais sa mère lui en voudrait, et il l'aime, bien qu'elle ait mauvais caractère.
Vincent a envie de coucher avec une fille. Ce sentiment est étrange. Un jour son père le surprend en train de se masturber ; il le gronde. Ce n'est pas bien, dit-il. Sa soeur aurait pu le voir. Il devrait avoir honte. En fait, il a déjà honte. Il se masturbe plusieurs fois par jour, caché dans les toilettes de l'école ou dans le grenier, en pensant à une petite poulette de sa classe qui commence à avoir des seins. Il ne devrait pas ; il ne peut plus la regarder sans rougir ; il a de plus en plus honte de lui, ce qu'il fait est malsain.
La honte devenue colère devient peur.
Vincent devient SoÖhr.
Ses parents commencent à avoir peur de lui, et il les hait en retour. Comme il se hait. Il n'est plus capable d'aimer. Il ne veut plus avoir mal.
La solitude vaut mieux qu'un combat perdu d'avance.
Je voudrais jongler avec des lames de rasoir, sauter dans le Soleil, je voudrais ne plus être du tout ; dans ma tête, en un vacarme assourdissant, des tranchées se creusent et des grenades volent. Les effets du Prozium redescendent. Je me sens coupable d'une vie entière. Et je n'aime pas beaucoup ça, en fin de compte. Je m'insulte, me conspue, me console, me pleure, me vomis, m'adore, me comprends --
-- je prends ma tête entre mes mains comme pour me protéger de la chute d'une bombe. Et j'ai bien raison : les bombardements sont violents. Tempête du Désert.
...vu de l'extérieur, je dois être calme, paisible.
Je suis né en automne.
Ah ben oui.