Je m'appelle SoÖhR.
Je ne m'appelle pas SoÖhr. Je suis SoÖhR. La nuance est de taille.
D'un point de vue extérieur, je mesure un mètre quatre-vingt quatre, je pèse soixante-dix kilos, j'ai vingt-neuf ans, je suis brun aux yeux bleus ; mon allure fine et mon profil aquilin me donnent un air vif et racé qui, couplé à mon regard froid et intelligent, pousse les gens qui me rencontrent à effectuer instinctivement un mouvement de recul. Je passe pour un dangereux méta-dissecteur, en sorte. Il fut un temps où j'en profitais, je me sentais loup dans la bergerie, et cela me procurait une agréable sensation de puissance. Je crois que j'ai aussi un autre nom, un vrai nom, mais il ne me sert plus. Pas là où je vis, en tout cas. Pas là où mon âme vit.
D'un point de vue intérieur, je suis une âme indépendante, dans toute sa faiblesse, continuellement traquée par son Xénos, un alliage de toutes ses peurs, de toute l'immondice de son passé. Mes airs de prédateur psychique, que je m'efforçais à afficher de mon mieux, n'étaient qu'un moyen de défense, une façon de voler de l'énergie vitale aux effrayés ; car cette énergie repartait immédiatement, je la donnais sans compter aux quelques âmes pures que j'avais rencontrées sur mon Chemin, que je croyais tellement méritantes.
Aujourd'hui elles sont parties, emportant avec elles le faible stock d'énergie que je leur conservais religieusement, en cas de famine ; et je suis à la merci du Grand Rien qui m'étouffe.
J'étais le tube, le conteneur du néant ; j'aspirais d'un côté, je redistribuais consciencieusement de l'autre. Cela comblait le vide que je contenais, et avec lequel je devais négocier la tranquillité si fragile qui assurait la cohésion entre moi et moi-même. Aujourd'hui je n'aspire plus rien ; le tube s'est bouché. Je suis soudain devenu un cylindre, creux et froid. Incapable de puiser l'essence même de ma vie. Clos. Un cylindre métallique, seulement capable de repousser ou de frapper.
Le Grand Rien que je contiens cherche à sortir, comme le foetus qui frappe dans le ventre de sa mère.
Alors la chimie anéantit mon âme, et ce faisant elle calme le Xénos qui cherche rageusement la sortie, qui creuse ma cage thoracique en attendant de trouver la lumière du jour.
Quand il y parvient, on me drogue à nouveau.
Au coeur d'un cylindre, pas d'évolution possible : aucun apport de ou vers l'extérieur. Seulement le mouvement perpétuel dans un espace clos et immobile.
Je ne m'appelle pas SoÖhr. Je suis SoÖhR. La nuance est de taille.
D'un point de vue extérieur, je mesure un mètre quatre-vingt quatre, je pèse soixante-dix kilos, j'ai vingt-neuf ans, je suis brun aux yeux bleus ; mon allure fine et mon profil aquilin me donnent un air vif et racé qui, couplé à mon regard froid et intelligent, pousse les gens qui me rencontrent à effectuer instinctivement un mouvement de recul. Je passe pour un dangereux méta-dissecteur, en sorte. Il fut un temps où j'en profitais, je me sentais loup dans la bergerie, et cela me procurait une agréable sensation de puissance. Je crois que j'ai aussi un autre nom, un vrai nom, mais il ne me sert plus. Pas là où je vis, en tout cas. Pas là où mon âme vit.
D'un point de vue intérieur, je suis une âme indépendante, dans toute sa faiblesse, continuellement traquée par son Xénos, un alliage de toutes ses peurs, de toute l'immondice de son passé. Mes airs de prédateur psychique, que je m'efforçais à afficher de mon mieux, n'étaient qu'un moyen de défense, une façon de voler de l'énergie vitale aux effrayés ; car cette énergie repartait immédiatement, je la donnais sans compter aux quelques âmes pures que j'avais rencontrées sur mon Chemin, que je croyais tellement méritantes.
Aujourd'hui elles sont parties, emportant avec elles le faible stock d'énergie que je leur conservais religieusement, en cas de famine ; et je suis à la merci du Grand Rien qui m'étouffe.
J'étais le tube, le conteneur du néant ; j'aspirais d'un côté, je redistribuais consciencieusement de l'autre. Cela comblait le vide que je contenais, et avec lequel je devais négocier la tranquillité si fragile qui assurait la cohésion entre moi et moi-même. Aujourd'hui je n'aspire plus rien ; le tube s'est bouché. Je suis soudain devenu un cylindre, creux et froid. Incapable de puiser l'essence même de ma vie. Clos. Un cylindre métallique, seulement capable de repousser ou de frapper.
Le Grand Rien que je contiens cherche à sortir, comme le foetus qui frappe dans le ventre de sa mère.
Alors la chimie anéantit mon âme, et ce faisant elle calme le Xénos qui cherche rageusement la sortie, qui creuse ma cage thoracique en attendant de trouver la lumière du jour.
Quand il y parvient, on me drogue à nouveau.
Au coeur d'un cylindre, pas d'évolution possible : aucun apport de ou vers l'extérieur. Seulement le mouvement perpétuel dans un espace clos et immobile.