Comment suis-je arrivé là ?
Merde, je n'arrive plus à me souvenir de mon entrée ici. Pourtant elle ne remonte pas à très longtemps - c'est le moins que l'on puisse dire. Et puis, pourquoi cet endroit et pas un autre ?
Serais-je entré volontairement dans cet endroit blanc et stérile, où nous sommes tous isolés les uns des autres, enfermés dans ces pièces capitonnées, disséqués en temps réel par cet oeil de verre et de métal qui déjà m'oppresse terriblement ? Alors que dans les asiles normaux, on mange ensemble, on discute avec les autres, on vit encore un peu... Ai-je voulu totalement m'isoler, me plonger dans ma bulle, pour prendre le temps d'être seul, ne plus vivre les obligations, le train-train, le boulot, les connaissances, abandonner enfin les obligations de la vie ?
Ou m'a-t-on emmené ici de force ?.. Ai-je fait quelque chose de mal ?
De quoi je me souviens, bordel ?.. Je sors de mon boulot, clean, propre, costard cravate, attaché-case, me manquaient à peine les petites lunettes rondes d'informaticien très kitsch, je descends le boulevard, deuxième à gauche, le trajet classique, boulot-maison via fast-food... Je ne me sentais pas bien. Ceci dit, ça faisait quelque temps. Je me suis arrêté en plein milieu d'une rue - c'était laquelle ? Charles de Gaulle, non ? Pourquoi je me suis arrêté ? Qu'est-ce que j'ai vu ?.. Qu'est-ce qui s'est passé après ?.. Merde, pourquoi je n'arrive pas à me souvenir ?
Si je me souviens de ce que j'ai vu, de ce qui a pu déclencher une crise, peut-être que le reste reviendra... Qu'est-ce qui s'est produit, merde ?!
...Du calme...
Je me suis arrêté en plein milieu de Charles de Gaulle... Y a quoi là-bas ? Un ciné, un resto thaï, putain, que des trucs insignifiants... A quoi je pensais ?.. Ou à qui ?
...Ouais, mais elle j'y pense tout le temps...
Putain !
...Merde, je viens de crier "putain", devant cette chienne de caméra. Son hublot brille, comme si elle me faisait un clin d'oeil traître, "pris en flag, mon pote !"
Le Néant médicamenteux me joue sans doute des tours. Il jongle avec ma mémoire et me tire son grand sourire de clown sadique. Je me souviendrai plus tard. De toute façon j'ai le temps de me souvenir. Un internement, c'est combien ? Une semaine, grand minimum, non ?.. Souvent deux... Et si je me suis fait interner de force, ça sera sans doute beaucoup plus...
Est-ce que j'ai fait du mal à quelqu'un ?..
Treize heures vingt-cinq. Mon esprit est en pleine ébullition. Je me gratte l'intérieur du coude, nerveusement, spasmodiquement. Mon esprit est chaud et flasque. Tout va bien.
Merde, je n'arrive plus à me souvenir de mon entrée ici. Pourtant elle ne remonte pas à très longtemps - c'est le moins que l'on puisse dire. Et puis, pourquoi cet endroit et pas un autre ?
Serais-je entré volontairement dans cet endroit blanc et stérile, où nous sommes tous isolés les uns des autres, enfermés dans ces pièces capitonnées, disséqués en temps réel par cet oeil de verre et de métal qui déjà m'oppresse terriblement ? Alors que dans les asiles normaux, on mange ensemble, on discute avec les autres, on vit encore un peu... Ai-je voulu totalement m'isoler, me plonger dans ma bulle, pour prendre le temps d'être seul, ne plus vivre les obligations, le train-train, le boulot, les connaissances, abandonner enfin les obligations de la vie ?
Ou m'a-t-on emmené ici de force ?.. Ai-je fait quelque chose de mal ?
De quoi je me souviens, bordel ?.. Je sors de mon boulot, clean, propre, costard cravate, attaché-case, me manquaient à peine les petites lunettes rondes d'informaticien très kitsch, je descends le boulevard, deuxième à gauche, le trajet classique, boulot-maison via fast-food... Je ne me sentais pas bien. Ceci dit, ça faisait quelque temps. Je me suis arrêté en plein milieu d'une rue - c'était laquelle ? Charles de Gaulle, non ? Pourquoi je me suis arrêté ? Qu'est-ce que j'ai vu ?.. Qu'est-ce qui s'est passé après ?.. Merde, pourquoi je n'arrive pas à me souvenir ?
Si je me souviens de ce que j'ai vu, de ce qui a pu déclencher une crise, peut-être que le reste reviendra... Qu'est-ce qui s'est produit, merde ?!
...Du calme...
Je me suis arrêté en plein milieu de Charles de Gaulle... Y a quoi là-bas ? Un ciné, un resto thaï, putain, que des trucs insignifiants... A quoi je pensais ?.. Ou à qui ?
...Ouais, mais elle j'y pense tout le temps...
Putain !
...Merde, je viens de crier "putain", devant cette chienne de caméra. Son hublot brille, comme si elle me faisait un clin d'oeil traître, "pris en flag, mon pote !"
Le Néant médicamenteux me joue sans doute des tours. Il jongle avec ma mémoire et me tire son grand sourire de clown sadique. Je me souviendrai plus tard. De toute façon j'ai le temps de me souvenir. Un internement, c'est combien ? Une semaine, grand minimum, non ?.. Souvent deux... Et si je me suis fait interner de force, ça sera sans doute beaucoup plus...
Est-ce que j'ai fait du mal à quelqu'un ?..
Treize heures vingt-cinq. Mon esprit est en pleine ébullition. Je me gratte l'intérieur du coude, nerveusement, spasmodiquement. Mon esprit est chaud et flasque. Tout va bien.